mardi 14 décembre 2010

L’Italie va mal ne t’en fais pas…

Souvent quand vous annoncez que vous êtes actuellement pour un an en Erasmus en Italie, à Rome qui plus est, ça ne manque pas d’arriver, une fois sur deux on vous demande : « alors la Dolce Vita, pas trop dure ? ». C’est très gentil de prendre de mes nouvelles, d’ailleurs tout va bien merci :D

Je n’ai pas été très sérieuse dans la tenue du blog ces derniers temps, c’est pourquoi je reviens pour vous parler de la Dolce Vita… enfin… la Dolce Vita pour nous Erasmus ou touristes, ou pour nous Français qui voyons souvent nos cousins et voisins latins comme des gens sympas, charmeurs, qui parlent fort, bon et qui glandent pas mal (le Far niente voulant dire je rappelle le « rien faire »).

Pourtant en Italie la vie est loin d’être douce (d’ailleurs le film la Dolce Vita que j’ai eu l’occasion de voir n’a rien de doux non plus… esprit de contradiction es tu là ?).

Bref voilà, l’Italie est un pays qui va mal, et qui va mal sur des milliers de point, si nombreux que j’en oublierai sûrement, et que peut être cet article n’aura pas toute la cohérence que je souhaiterais lui donner, mais il est temps que je vous parle vraiment du pays dans lequel je vis, et comme la cohérence et l’organisation n’est pas le point le plus fort des italiens (ça c’est quand même vrai par contre^^) et bien on dira que je m’adapte aux coutumes locales !!

L’Italie c’est la pizza les pâtes et les glaces, mais c’est aussi la mafia première entreprise d’Italie, la corruption des hommes politiques, la censure, l’absence de liberté de presse (l’Italie est 49e du classement mondial de la liberté de la presse, a égalité avec le Burkina Faso). L’Italie c’est la Sicile et ses beaux paysages, la mer, le soleil, et ses beaux monuments antiques, mais l’Italie c’est aussi un pays unifié très tardivement (1870) à une époque ou personne ne parlait italien, jusqu’en 1950 ce fut d’ailleurs plus ou moins ainsi, on ne parlait que le dialecte de son village. C’est la télévision qui a permis d’unifier un peu plus les italiens en leur permettant d’apprendre l’italien (par le biais de pièces de théâtre, de cours d’italien, et d’opéras… à l’époque ou la télévision valait encore quelque chose… mon futur article se penchera dans le détail sur ce que donne la télévision aujourd’hui en Italie, en parler ici prendrait trop de temps et ne ferait que nous égarer). Pour revenir à la langue, encore aujourd’hui, beaucoup d’italiens parlent encore le patois, sont attachés à leur village, leur province (pourquoi pas j’ai envie de dire, c’est une grande richesse) l’ennui c’est qu’ils ne sont pas attachés à leur pays. En Italie on est milanais, palermitain, siennois, vénitien, romain, napolitain, on vient de la Province de l’Avellino ou d’Aoste, mais on n’est pas italien.

Comme vous l’avez compris, le pays n’est pas super uni, du coup cela ne vous étonnera pas d’apprendre qu’il y a de nombreuses oppositions et tensions entre Nord et Sud. Pour résumer un peu brutalement, certaines régions du Nord voudraient l’indépendance pour ne pas avoir à payer les impôts et se taper le poids du Sud. Pour vous aider à situer, Rome est en général la ville qui coupe la botte en deux, même si pour les napolitains Rome est déjà largement au nord, et pour les milanais, déjà bien trop au sud. Ainsi, pour le Nord, le Sud de l’Italie est le pays de la glandouille (voilà nos préjugés sur le Far Niente et la Dolce Vita qui pointent le bout de leur nez) : au sud ils ne travaillent pas, ils vivent au crochet de la société, marre de payer des taxes pour entretenir des bons à rien. Sauf que c’est bien trop facile : en réalité dans le Mezzogiorno (donc le sud de l’Italie) ce n’est pas qu’on ne veut pas travailler, le problème vient plutôt du fait qu’il n’y a pas d’industries, pas assez d’infrastructures, et quand il y a du travail, les italiens du sud gagne deux fois moins que ceux du nord. Pourtant ces habitants du nord si critiquent sont ceux qui, il y a 50 ans, ont fuit la misère de l’Italie pour trouver du travail dans les usines FIAT.

Bref : tensions, régionalisme, chômage, mafia donc. Mais aussi racisme, le racisme qui pue, excité par la télévision qui dans ses reportages du « JT » ne présentera aux infos que des délits ou des crimes commis bizarrement toujours par un éthiopien, un roumain, un tunisien, un albanais etc. Du coup l’étranger est toujours vu comme un danger (bien plus que dans les grands journaux et grandes chaînes françaises croyez moi). J’ai ainsi déjà pu entendre : « tu sors dans le centre la nuit mais tu es folle, il y a des albanais qui viennent des banlieues pour violer les filles, bah oui chez eux pour un crime on leur coupe la main, mais par contre ici ils sont tranquilles, personne ne vient leur trancher le bras pour un crime commis » Les Italiens ont peur, ils te diront même : « mais t’as déjà vu un Rom qui travaille, ils ne sont bons qu’à voler et mendier », mais bon juste après, votre interlocuteur vous dira que bon par contre il y a des Roms qui habitent dans son village et eux par contre « travaillent honnêtement, sont gentils etc… »… la peur de l’AUTRE, de l’inconnu, de l’étranger dans son plus simple appareil !

Que répondre quand un italien vous demande : cite moi une seule chose qui marche correctement dans ce foutu pays… euh… En effet, l’Italie est un pays rongé, c’est comme si vous aviez la façade d’un immeuble, ou le tronc d’un arbre, mais qu’à l’intérieur tout avait été grignoté par les termites, troué comme du gruyère, pourri comme des racines mortes.

Pour ceux qui ont vu Nos meilleurs années (la Meglio Gioventù) vous vous rappellerez peut être le début du film lorsque ce que le professeur s’adresse à Nicola en disant : « laissez moi vous donnez un conseil : vous avez une quelconque ambition, alors allez vous en, partez de l’Italie, quittez l’Italie avant qu’il ne soit trop tard … peu importe ce que vous déciderez de faire, allez étudier à Londres à Paris, allez en Amérique si vous en avez la possibilité, mais abandonnez ce pays, l’ITALIE EST UN PAYS A DETRUIRE, un endroit beau et inutile, destiné à disparaître » « vous êtes en train de dire que vous pensez qu’il y aura une apocalypse » demande Nicola. « Si seulement, au moins nous serions contraints de tout reconstruire. Alors que là, tout reste immobile, égal, tel un monde de dinosaure » « mais alors professeur, pourquoi restez-vous » « comment pourquoi, mais mon cher, je suis un de ces dinosaures à détruire » ! (désolée pour cette traduction imparfaite mais cela donne une idée. Pour une meilleure idée, voici le lien pour la vidéo en VO: http://www.youtube.com/watch?v=TxGJ6DFocyY

Voilà en seulement 2mn le résumé de l’Italie : « un endroit beau et inutile, destiné à disparaître »… du moins c’est ce que les italiens ont tous en tête. L’Italie c’est ainsi le pays de la désillusion : les italiens sont « dellusi » : déçus. Ils ne se bougent plus, lorsqu’il faut manifester, ils vous répondront que ça ne sert à rien puisque les journalistes télé n’en parleront pas car trop de censure. La mafia ? une pieuvre et ses tentacules, elle est incrustée, enracinée (et pour le coup ces racines là, ne sont en rien pourries). La politique ? corrompue jusqu’au bout des ongles (oui décidemment, l’Italie ou la métaphore corporelle), ou bien inutile. Il n’y a plus d’alternatives, plus d’opposition. La corruption des années 90 et les enquêtes pour faire tomber ce système lui ont fait perdre toute crédibilité. Ainsi, lorsque les partis se sont reconstruits par-dessus les ruines des précédents, en changeant de nom, d’images, de leaders, on a assisté à un recentrage des convictions : Si pour les sciencespotes, « le sinistrisme » vous rappelle quelque chose, vous comprendrez donc que la gauche n’existe plus en Italie. La politique, c’est désormais la politique de Berlusconi, et de ses amis (le leader de la Ligue du Nord Umberto Bossi : un indépendantiste, populiste et raciste, et le leader de Alliance Nationale : GianFranco Fini, ce parti étant l’héritier du MSI, le parti fasciste né après la 2nde guerre mondiale.)

J’en arrive donc là où je voulais vous amener. Vous avez tous certainement entendu parler des gaffes de notre ami (non j’arrive toujours pas), ces frasques, sa grande bouche, son harem de jeunes mineures, son homophobie (je rappelle la phrase: « mieux vaut aimer les jolies filles qu’être gay ») et j’en passe. Bon du coup ses copains avec qui il a fait des alliances politiques (les deux cités précédemment), ont commencé à trouver que ça commençait à suffire (il était tant de s’en rendre compte !). Du coup cet été, Fini (actuellement président de la chambre des députés) avait quitté l’alliance faite avec Berlu pour fonder son propre parti. Le mois dernier, Fini a dit « Basta » Berlu doit démissionner, autrement il demande à « ses » quatre ministres de quitter le gouvernement. Cela n’a pas manqué d’arriver ! Le président de la République, qui en temps normal ne sert pas à grand chose, a décidé qu’un vote de confiance devait avoir lieu le 14 décembre… c'est-à-dire aujourd’hui… Traduction : Berlusconi peut tomber d’ici quelques heures ! (ça c’est le scénario positif).

Le scénario négatif c’est quand on décide de faire la traduction de la traduction : comme je l’ai souligné plus haut, il n’y a pas d’opposition, et à part ça, les personnages politiques influents à l’heure actuelle sont donc un indépendantiste xénophobe et un ancien leader du parti néofasciste. Et malgré les petites tensions actuelles avec Berlu, les trois zigotos ont tout de même besoin les uns des autres pour avoir une bonne majorité, ils s’arrangeront donc sûrement pour rétablir une alliance, et Berlusconi ne se sera absenté que pour la pause café...

Enfin quoiqu’il arrive, ici à Rome j’espère encore qu’il va tomber pour de bon, et j’avouerai que même Fini serait 1000 fois mieux que lui (imaginez !!). Ce soir, donc, champagne ou pas, c’est encore incertain… mais on touche du bois (enfin ici on touche du fer… cherchez pas !)

Voilà pour cet article, pas très drôle, long, pas palpitant et sans réelles éclaircies à l’horizon. Je suis arrivée en Italie consciente de tout ce qui n’allait pas, mais je n’avais pas vraiment été confrontée à la réalité « sur le terrain ». En arrivant j’avais l’espoir que l’Italie puisse remonter la pente, qu’un gouvernement plus compétent puisse prendre la place de Silvio et redresser un peu la barre, mais comme dit si bien le professeur de nos meilleures années, si l’on voulait vraiment refaire fonctionner ce pays, il faudrait tout détruire pour tout reconstruire.

2 commentaires:

  1. Super cet article !
    Ce passage dans notre film culte m'avait aussi frappé (déjà, parce que je pense que si c'est beau, c'est que c'est utile ne serait-ce que pour nous faire plaisir aux yeux !), mais je ne pensais pas que l'on puisse encore dire la même chose aujourd'hui !
    Par contre j'ai cru percevoir ces tensions géographiques et racistes dans les italiens que j'ai pu rencontrer récemment !
    Continue à nous faire part de cette réalité même si elle n'est pas joyeuse !
    Tout compte fait cette petite année à l'étranger nous aura pas mal fait relativiser un certain nombre de critique du système français ! Après avoir vécu au Brésil, le premier qui me dit que la France n'est pas démocratique, ou même qu'elle va vers le fascisme... Mouaip...

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  2. Oui, je me suis fait la même réflexion, notre pays est loin d'être parfait, mais finalement loin d'être le pire.
    Imagine que toi au Brésil et moi en Europe nous ressentions plus ou moins la même chose face au système, c'est dérangeant de se rendre compte chaque jour que l'Italie, qui est un pays européen, fondateur de l'Union Européenne, en soit à un tel niveau de problèmes multiples, d'inégalité et de pauvreté à son échelle, et de corruption évidente!
    Finalement la France...

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