jeudi 27 janvier 2011

Je t’aime moi non plus

En arrivant en Italie, je débarquais avec plein d’espérances, j’étais emplie de joie et de croyances, je pensais, j’imaginais, je rêvais ! Ce pays qui me faisait tant fantasmer et me faisait chavirer, enfin, finalement !

Ce pays que j’aimais tant, qu’est-il donc devenu ? Où est-il ? Me suis-je trompée ? L’amour que j’éprouvais pour lui s’est-il envolé en fumée ? L’amour rend aveugle, le mariage lui rend la vue ! C’est la sensation que j’ai chaque jour depuis mon retour de France !

L’Italie je l’aime d’amour, comme on aime quelqu’un. Lorsqu’on est capable de se rappeler dans le détail le plus parfait chaque rue de Florence, quand le simple fait d’entendre de l’italien vous fait tourner la tête et bondir le cœur, quand vous ne vous lassez pas d’écouter les mêmes chansons italiennes sur votre ipod car ce sont les seules que vous avez, quand chaque année depuis le lycée, presque toutes les années de votre vie a vu une semaine de vacances en Italie, quand vous êtes toujours contente d’être déjà mercredi à l’IEP même si c’est votre journée la plus longue, car vous savez que Marcello est toujours là ! Parce que vous ne vous lassez pas de voir Nos meilleures années pour la énième fois, et parce que tout film italien est bon à voir, même le plus mauvais !

Ces derniers temps je suis entrée dans la phase : mon partenaire m’horripile ! Vous savez cette sensation, quand on est en couple, et que chaque geste, chaque erreur, chaque habitude de votre moitié, qui autrefois vous faisait tournez la tête d’émerveillement, désormais vous dégoûte au plus au moins, suscite en vous l’incompréhension et la rage ! Et bien ça c’est moi. Tout mon être hurle la haine devant les incongruités, les faux pas, les mensonges, les méchancetés, les sourires trompeurs, les saletés, l’hypocrisie, l’endormissement, les fables de mon amour de pays !

J’aime l’Italie pour sa culture : ses peintres si talentueux, ses monuments vieux de plusieurs millénaires, ses églises magnifiquement décorées, ses sculptures si réalistes, sa musique classique si reconnue, ses cinéastes, sa langue si belle et mélodieuse.

Je n’aime pas l’Italie pour sa culture : car c’est la seule chose que l’on peut mettre en valeur dans ce pays ! petit tableau : politique correcte : zéro, fonctionnement des institutions : zéro ; éducation performante : zéro ; grandes entreprises qui font marcher ce pays et offre de l’emploi : zéro au sud, Barilla et les usines de voitures au nord….on va pas aller loin ainsi ; système de santé : incomplet, injuste ; Etat providence : corrompu (comme tout ici).

J’aime l’Italie pour sa diversité : pour ses langues et dialectes si divers, ses accents si riches, ses habitudes multiples entre chaque région.

Je n’aime pas l’Italie pour sa diversité car elle désunie, elle suscite haine et rejet entre chaque région.

J’aime l’Italie pour son histoire : sa réunification tardive, son fascisme qu’elle a dû vivre et surmonter, ses années de plomb et son terrorisme des années 80 qui revendiquaient des idées à défendre pour la nation.

Je n’aime pas l’Italie pour son histoire : sa réunification tardive qui empêche le sentiment d’union, de solidarité, et d’appartenance nécessaire à chaque pays, son fascisme qui n’a pas complètement disparu aujourd’hui, ses années de plomb qui ont mis le pays à feu et à sang et ont fait naître la peur.

J’aime l’Italie pour les italiens, car ce sont des gens chaleureux, bien plus ouverts que par chez nous.

Je n’aime pas l’Italie pour les italiens : ce sont des personnes malhonnêtes qui manipulent le système, ou quand ça n’est pas le cas, ce sont des personnes endormies par le système, bercées d’illusion, ou quand ce n’est pas le cas, ce sont des personnes trop déçues par le système pour vouloir essayer de le changer.

J’aime l’Italie pour sa politique : pour ses alliances, pour sa gauche un jour forte et crédible, pour ses rebondissements.

Je déteste l’Italie pour sa politique : pour ses dirigeants corrompus, pour ses pots de vin, pour son affiliation avec la mafia, pour son manque d’alternative, pour son absence de décisions prises pour le peuple, et surtout, pour son Président du Conseil actuel, summum du scandale, de la honte sur sa propre population et de l’inconscience de ses actes. Je me sens tellement attachée à ce pays que j’ai honte des attitudes de son représentant, comme si c’était le représentant de mon propre pays. Quelle honte d’avoir comme Président du conseil un homme qui encourage la prostitution, nie ses actions, accuse les magistrats et les journalistes d’être des menteurs, refuse de se faire juger, fait des lois pour avoir l’immunité éternelle… bienvenus en Italie où ce sont les accusés qui se font eux-mêmes justice !

Je déteste le racisme ambiant, cette mentalité sexiste, cette inégalité entre Nord et Sud, l’absence de respect dans toutes ses formes, et notamment l’irrespect pour l’environnement : déchets partout, déchets toxiques enfouis dans les campagnes et qui polluent les environs de Naples, recyclage géré par la mafia, usage excessif des couverts en plastique, bah oui ça évite de faire la vaisselle : quand on invite des amis à la maison, mais aussi, et le plus malheureux, à la cantine, où mange chaque jour environ 1000 à 2000 élèves. Chaque aliment est servi dans une assiette en plastique : une pour les pâtes, une pour les légumes, une pour la viande, la fourchette et le couteau en plastique, eux-mêmes emballés dans un sachet en plastique, un gobelet en plastique, un set de table en papier, un morceau de pain emballé dans un sachet en plastique lui aussi. Et quand le plateau est posé sur le tapis roulant, j’ai longtemps espéré que tout cela soit au moins recyclé, mais non, vlan, tout dans la même poubelle, avec les épluchures de clémentines, et la part de pizza pas terminée.

Mais plus que tout je déteste ce pays peuplé d’endormis et de moutons de panurge ! Bêêêêêêêê

mardi 18 janvier 2011

janvier: hors de toute normalité

Ahhh la période des révisions des partiels de janvier, dur moment de l’année où l’on doit lutter contre le froid qui nous transperce, le vent qui nous glace, la neige qui nous agresse le visage, mettre bonnet écharpe et gants, grelotter en attendant le bus, être triste en sortant de chez soi en voyant la couleur du ciel, et avoir le moral dans les chaussettes en se disant que déjà qu’il faut réviser et qu’on ne voit pas beaucoup la lumière du jour, mais en plus lorsqu’on la voit c’est pour tomber nez à nez avec la grisaille !

Héhé, ça, c’est en France ! Par contre autant à Rome il a plu « vache qui vide sa vessie » en novembre, autant depuis que je suis rentrée il fait un soleil radieux ! (en espérant que ça continue !). Et ceci, s’il vous plait, sans avoir besoin d’aller dans l’hémisphère Sud, ni de partir faire sa mobilité à Damas (ce n’est qu’un exemple évidemment^^).

En effet, c’est un pur bonheur printanier ce mois de janvier ici ! Je vais réviser au parc en bas de chez moi, dans le parc de l’ancienne villa de Mussolini certes, mais avec verdure, cyprès, pins parasol, et palmiers en voulez vous en voilà ! La nuit tombée (bon ça part contre, on peut rien faire contre le soleil qui se couche à 17H) les chauve souris sortent déjà pour chasser les insectes ! Mardi dernier en allant à la bibliothèque j’ai vu mon premier papillon de l’année (un 11 janvier je rappelle) voleter tranquillement, et se poser pour profiter des rayons du soleil ! Les iris dans le bac à fleurs en bas de chez moi sont déjà ouverts (= O) ! Je marche dans la cité universitaire et déjà tout à l’odeur du printemps, cette odeur de nouvelle chaleur de l’air qui contient encore la fraicheur et la pureté de l’hiver, je ne sais pas si vous saisissez ! Les parfums, les objets, les gens, les végétaux, l’air, tout à une odeur différente ! Cela sent le printemps ! EN JANVIER !!!!

Désolée, l’euphorie printanière m’enivre, il fallait partager ça avec vous !!

Vivre en Italie, c’est donc très sympa. Mais il fallait bien un mais dans le tableau, quelque chose qui certes n’a rien à voir. En effet ce début de mois de janvier se caractérise aussi par la récente découverte que mon appart était peut être sur écoute (ça c’est la nouvelle moins drôle du mois) ! Pour ceux qui viennent de pouffer de rire derrière leur écran en doutant de ma santé mentale, j’explique !

Pas besoin là encore de partir en Syrie pour se rendre compte que tout ce qu’on dit peut être entendu, et doit être camouflé !

A la maison, on a eu un petit problème de toilettes bouchées (ça arrive), l’eau a débordé, le plombier a dû venir à la rescousse, le propriétaire et ses fils qui gère la location ont refusé de payer (pause description du proprio : entrepreneur immobilier, plusieurs immeubles à lui dans Rome, très riche, bronzé, cheveux gominé, lunettes de soleil sur le front, il vient d’une ville près de Naples, beaucoup d’argent… vous avez compris ?). Bref il y a eu quelques disputes au sujet de qui devait payer l’addition, des dissensions dans la colloc etc. Ainsi Gilda, une de mes collocs, disait que c’était à nous de payer, elle sort son code civil, et vraiment 5minutes après avoir lu un article qui donnait raison au propriétaire, le téléphone sonne… les fils du proprio, qui habitent l’étage du dessous : « Gilda tu peux descendre stp ! ». 20 mn après elle revennait, annonçant qu’elle payait sa part. Bref jusque là une simple coïncidence. Ayant eu des problèmes pour effectuer mes virements au propriétaire récemment et devant désormais payer tout en cash, j’émets en italien des doutes sur l’honnêteté du propriétaire et sur les magouilles qu’il aurait pu effectuer pour bloquer les virements venant du compte de mon père, le téléphone sonne 10mn plus tard, cette fois le proprio en personne me fait savoir que si je n’étais pas contente du déroulement du payement de la location, je pouvais m’en aller…. Bon, il me semblait pourtant ne pas avoir évoqué ce sujet ni avec les fils du proprio ni avec leur père à aucun moment ni avant ni pendant la dispute WCienne…

Et là, Houda, mon autre colloc, me raconte : « mais tu sais c’est pas la première fois que ça arrive, quand on cherchait une colloc l’année dernière et qu’une fille était venue visiter, Elisa avait dit, oui je ne veux pas de cette blondasse elle ne me plait pas… et bien le propriétaire avait appelé en disant que ça suffisait de faire les difficiles, parce que c’est une blondasse ou quoique ce soit, il ne voulait rien savoir» … fort bien, mais comment peut il citer mot pour mot cette remarque qui n’est pas sorti des 4 murs de la cuisine ? Enfin ma colloc Houda me raconte qu’un jour, ayant la lampe de sa chambre cassée, avait dit à un ami, bon c’est pas grave on va changer tout ça, on utilise la lampe de chez Gilda, on a qu’à casser ce truc (je sais pas quoi) et ça marchera » ainsi la lampe réparée elle téléphone au propriétaire pour lui annoncer que tout remarche de nouveau, réponse de ce dernier « mais pourquoi tu as cassé l’autre lampe ? » … .

Je vous avoue que c’est à de quoi devenir parano ! Dans sa propre maison on ne peut plus parler… Big Brother es-tu là ? Du moins « Grande Fratello ». Vraiment je trouve que ça fait beaucoup de hasard ! Vous ne trouvez pas ?

Ma seule solution est de communiquer sur les sujets délicats en langue française (comme Houda est marocaine, nous parlons souvent en français), mais quand elle partira malheureusement le mois prochain, comment ferais-je pour exprimer mon avis sur « l’association de malfaiteurs du Sud de l’Italie », et les doutes profonds que j’ai sur les liens que mon propriétaire entretient sûrement avec cette dernière… .