jeudi 27 janvier 2011

Je t’aime moi non plus

En arrivant en Italie, je débarquais avec plein d’espérances, j’étais emplie de joie et de croyances, je pensais, j’imaginais, je rêvais ! Ce pays qui me faisait tant fantasmer et me faisait chavirer, enfin, finalement !

Ce pays que j’aimais tant, qu’est-il donc devenu ? Où est-il ? Me suis-je trompée ? L’amour que j’éprouvais pour lui s’est-il envolé en fumée ? L’amour rend aveugle, le mariage lui rend la vue ! C’est la sensation que j’ai chaque jour depuis mon retour de France !

L’Italie je l’aime d’amour, comme on aime quelqu’un. Lorsqu’on est capable de se rappeler dans le détail le plus parfait chaque rue de Florence, quand le simple fait d’entendre de l’italien vous fait tourner la tête et bondir le cœur, quand vous ne vous lassez pas d’écouter les mêmes chansons italiennes sur votre ipod car ce sont les seules que vous avez, quand chaque année depuis le lycée, presque toutes les années de votre vie a vu une semaine de vacances en Italie, quand vous êtes toujours contente d’être déjà mercredi à l’IEP même si c’est votre journée la plus longue, car vous savez que Marcello est toujours là ! Parce que vous ne vous lassez pas de voir Nos meilleures années pour la énième fois, et parce que tout film italien est bon à voir, même le plus mauvais !

Ces derniers temps je suis entrée dans la phase : mon partenaire m’horripile ! Vous savez cette sensation, quand on est en couple, et que chaque geste, chaque erreur, chaque habitude de votre moitié, qui autrefois vous faisait tournez la tête d’émerveillement, désormais vous dégoûte au plus au moins, suscite en vous l’incompréhension et la rage ! Et bien ça c’est moi. Tout mon être hurle la haine devant les incongruités, les faux pas, les mensonges, les méchancetés, les sourires trompeurs, les saletés, l’hypocrisie, l’endormissement, les fables de mon amour de pays !

J’aime l’Italie pour sa culture : ses peintres si talentueux, ses monuments vieux de plusieurs millénaires, ses églises magnifiquement décorées, ses sculptures si réalistes, sa musique classique si reconnue, ses cinéastes, sa langue si belle et mélodieuse.

Je n’aime pas l’Italie pour sa culture : car c’est la seule chose que l’on peut mettre en valeur dans ce pays ! petit tableau : politique correcte : zéro, fonctionnement des institutions : zéro ; éducation performante : zéro ; grandes entreprises qui font marcher ce pays et offre de l’emploi : zéro au sud, Barilla et les usines de voitures au nord….on va pas aller loin ainsi ; système de santé : incomplet, injuste ; Etat providence : corrompu (comme tout ici).

J’aime l’Italie pour sa diversité : pour ses langues et dialectes si divers, ses accents si riches, ses habitudes multiples entre chaque région.

Je n’aime pas l’Italie pour sa diversité car elle désunie, elle suscite haine et rejet entre chaque région.

J’aime l’Italie pour son histoire : sa réunification tardive, son fascisme qu’elle a dû vivre et surmonter, ses années de plomb et son terrorisme des années 80 qui revendiquaient des idées à défendre pour la nation.

Je n’aime pas l’Italie pour son histoire : sa réunification tardive qui empêche le sentiment d’union, de solidarité, et d’appartenance nécessaire à chaque pays, son fascisme qui n’a pas complètement disparu aujourd’hui, ses années de plomb qui ont mis le pays à feu et à sang et ont fait naître la peur.

J’aime l’Italie pour les italiens, car ce sont des gens chaleureux, bien plus ouverts que par chez nous.

Je n’aime pas l’Italie pour les italiens : ce sont des personnes malhonnêtes qui manipulent le système, ou quand ça n’est pas le cas, ce sont des personnes endormies par le système, bercées d’illusion, ou quand ce n’est pas le cas, ce sont des personnes trop déçues par le système pour vouloir essayer de le changer.

J’aime l’Italie pour sa politique : pour ses alliances, pour sa gauche un jour forte et crédible, pour ses rebondissements.

Je déteste l’Italie pour sa politique : pour ses dirigeants corrompus, pour ses pots de vin, pour son affiliation avec la mafia, pour son manque d’alternative, pour son absence de décisions prises pour le peuple, et surtout, pour son Président du Conseil actuel, summum du scandale, de la honte sur sa propre population et de l’inconscience de ses actes. Je me sens tellement attachée à ce pays que j’ai honte des attitudes de son représentant, comme si c’était le représentant de mon propre pays. Quelle honte d’avoir comme Président du conseil un homme qui encourage la prostitution, nie ses actions, accuse les magistrats et les journalistes d’être des menteurs, refuse de se faire juger, fait des lois pour avoir l’immunité éternelle… bienvenus en Italie où ce sont les accusés qui se font eux-mêmes justice !

Je déteste le racisme ambiant, cette mentalité sexiste, cette inégalité entre Nord et Sud, l’absence de respect dans toutes ses formes, et notamment l’irrespect pour l’environnement : déchets partout, déchets toxiques enfouis dans les campagnes et qui polluent les environs de Naples, recyclage géré par la mafia, usage excessif des couverts en plastique, bah oui ça évite de faire la vaisselle : quand on invite des amis à la maison, mais aussi, et le plus malheureux, à la cantine, où mange chaque jour environ 1000 à 2000 élèves. Chaque aliment est servi dans une assiette en plastique : une pour les pâtes, une pour les légumes, une pour la viande, la fourchette et le couteau en plastique, eux-mêmes emballés dans un sachet en plastique, un gobelet en plastique, un set de table en papier, un morceau de pain emballé dans un sachet en plastique lui aussi. Et quand le plateau est posé sur le tapis roulant, j’ai longtemps espéré que tout cela soit au moins recyclé, mais non, vlan, tout dans la même poubelle, avec les épluchures de clémentines, et la part de pizza pas terminée.

Mais plus que tout je déteste ce pays peuplé d’endormis et de moutons de panurge ! Bêêêêêêêê

mardi 18 janvier 2011

janvier: hors de toute normalité

Ahhh la période des révisions des partiels de janvier, dur moment de l’année où l’on doit lutter contre le froid qui nous transperce, le vent qui nous glace, la neige qui nous agresse le visage, mettre bonnet écharpe et gants, grelotter en attendant le bus, être triste en sortant de chez soi en voyant la couleur du ciel, et avoir le moral dans les chaussettes en se disant que déjà qu’il faut réviser et qu’on ne voit pas beaucoup la lumière du jour, mais en plus lorsqu’on la voit c’est pour tomber nez à nez avec la grisaille !

Héhé, ça, c’est en France ! Par contre autant à Rome il a plu « vache qui vide sa vessie » en novembre, autant depuis que je suis rentrée il fait un soleil radieux ! (en espérant que ça continue !). Et ceci, s’il vous plait, sans avoir besoin d’aller dans l’hémisphère Sud, ni de partir faire sa mobilité à Damas (ce n’est qu’un exemple évidemment^^).

En effet, c’est un pur bonheur printanier ce mois de janvier ici ! Je vais réviser au parc en bas de chez moi, dans le parc de l’ancienne villa de Mussolini certes, mais avec verdure, cyprès, pins parasol, et palmiers en voulez vous en voilà ! La nuit tombée (bon ça part contre, on peut rien faire contre le soleil qui se couche à 17H) les chauve souris sortent déjà pour chasser les insectes ! Mardi dernier en allant à la bibliothèque j’ai vu mon premier papillon de l’année (un 11 janvier je rappelle) voleter tranquillement, et se poser pour profiter des rayons du soleil ! Les iris dans le bac à fleurs en bas de chez moi sont déjà ouverts (= O) ! Je marche dans la cité universitaire et déjà tout à l’odeur du printemps, cette odeur de nouvelle chaleur de l’air qui contient encore la fraicheur et la pureté de l’hiver, je ne sais pas si vous saisissez ! Les parfums, les objets, les gens, les végétaux, l’air, tout à une odeur différente ! Cela sent le printemps ! EN JANVIER !!!!

Désolée, l’euphorie printanière m’enivre, il fallait partager ça avec vous !!

Vivre en Italie, c’est donc très sympa. Mais il fallait bien un mais dans le tableau, quelque chose qui certes n’a rien à voir. En effet ce début de mois de janvier se caractérise aussi par la récente découverte que mon appart était peut être sur écoute (ça c’est la nouvelle moins drôle du mois) ! Pour ceux qui viennent de pouffer de rire derrière leur écran en doutant de ma santé mentale, j’explique !

Pas besoin là encore de partir en Syrie pour se rendre compte que tout ce qu’on dit peut être entendu, et doit être camouflé !

A la maison, on a eu un petit problème de toilettes bouchées (ça arrive), l’eau a débordé, le plombier a dû venir à la rescousse, le propriétaire et ses fils qui gère la location ont refusé de payer (pause description du proprio : entrepreneur immobilier, plusieurs immeubles à lui dans Rome, très riche, bronzé, cheveux gominé, lunettes de soleil sur le front, il vient d’une ville près de Naples, beaucoup d’argent… vous avez compris ?). Bref il y a eu quelques disputes au sujet de qui devait payer l’addition, des dissensions dans la colloc etc. Ainsi Gilda, une de mes collocs, disait que c’était à nous de payer, elle sort son code civil, et vraiment 5minutes après avoir lu un article qui donnait raison au propriétaire, le téléphone sonne… les fils du proprio, qui habitent l’étage du dessous : « Gilda tu peux descendre stp ! ». 20 mn après elle revennait, annonçant qu’elle payait sa part. Bref jusque là une simple coïncidence. Ayant eu des problèmes pour effectuer mes virements au propriétaire récemment et devant désormais payer tout en cash, j’émets en italien des doutes sur l’honnêteté du propriétaire et sur les magouilles qu’il aurait pu effectuer pour bloquer les virements venant du compte de mon père, le téléphone sonne 10mn plus tard, cette fois le proprio en personne me fait savoir que si je n’étais pas contente du déroulement du payement de la location, je pouvais m’en aller…. Bon, il me semblait pourtant ne pas avoir évoqué ce sujet ni avec les fils du proprio ni avec leur père à aucun moment ni avant ni pendant la dispute WCienne…

Et là, Houda, mon autre colloc, me raconte : « mais tu sais c’est pas la première fois que ça arrive, quand on cherchait une colloc l’année dernière et qu’une fille était venue visiter, Elisa avait dit, oui je ne veux pas de cette blondasse elle ne me plait pas… et bien le propriétaire avait appelé en disant que ça suffisait de faire les difficiles, parce que c’est une blondasse ou quoique ce soit, il ne voulait rien savoir» … fort bien, mais comment peut il citer mot pour mot cette remarque qui n’est pas sorti des 4 murs de la cuisine ? Enfin ma colloc Houda me raconte qu’un jour, ayant la lampe de sa chambre cassée, avait dit à un ami, bon c’est pas grave on va changer tout ça, on utilise la lampe de chez Gilda, on a qu’à casser ce truc (je sais pas quoi) et ça marchera » ainsi la lampe réparée elle téléphone au propriétaire pour lui annoncer que tout remarche de nouveau, réponse de ce dernier « mais pourquoi tu as cassé l’autre lampe ? » … .

Je vous avoue que c’est à de quoi devenir parano ! Dans sa propre maison on ne peut plus parler… Big Brother es-tu là ? Du moins « Grande Fratello ». Vraiment je trouve que ça fait beaucoup de hasard ! Vous ne trouvez pas ?

Ma seule solution est de communiquer sur les sujets délicats en langue française (comme Houda est marocaine, nous parlons souvent en français), mais quand elle partira malheureusement le mois prochain, comment ferais-je pour exprimer mon avis sur « l’association de malfaiteurs du Sud de l’Italie », et les doutes profonds que j’ai sur les liens que mon propriétaire entretient sûrement avec cette dernière… .

samedi 25 décembre 2010

Buon Natale

Bon Berlu est toujours là, mais on va pas sombrer dans la dépression pour autant, alors voilà en ces jours de fêtes quelques photos de Rome à la veille de Noël! un très joyeux Noël à tous! (des glaces en Italie même en décembre c'est normal! et chocolat chaud à mourir... en concurrence avec le choco madrilène! Maxchou tu pourras goûter les deux tu nous diras!)
(19 décembre, 7H20: le soleil se levant dans le bus qui m'emmène à l'aéroport pour prendre l'avion... mon avion de la veille avait été annulé pour cause de neige (on s'en serait pas douté!), mais après 8H d'attente à l'aéroport, et de riches rencontres mon vol a pu enfin décoller pour Paris! j'ai pu voir le soleil se coucher sur les nuages étouffant de neige... en gros une journée complète, et contente d'être rentrée!)

mardi 14 décembre 2010

L’Italie va mal ne t’en fais pas…

Souvent quand vous annoncez que vous êtes actuellement pour un an en Erasmus en Italie, à Rome qui plus est, ça ne manque pas d’arriver, une fois sur deux on vous demande : « alors la Dolce Vita, pas trop dure ? ». C’est très gentil de prendre de mes nouvelles, d’ailleurs tout va bien merci :D

Je n’ai pas été très sérieuse dans la tenue du blog ces derniers temps, c’est pourquoi je reviens pour vous parler de la Dolce Vita… enfin… la Dolce Vita pour nous Erasmus ou touristes, ou pour nous Français qui voyons souvent nos cousins et voisins latins comme des gens sympas, charmeurs, qui parlent fort, bon et qui glandent pas mal (le Far niente voulant dire je rappelle le « rien faire »).

Pourtant en Italie la vie est loin d’être douce (d’ailleurs le film la Dolce Vita que j’ai eu l’occasion de voir n’a rien de doux non plus… esprit de contradiction es tu là ?).

Bref voilà, l’Italie est un pays qui va mal, et qui va mal sur des milliers de point, si nombreux que j’en oublierai sûrement, et que peut être cet article n’aura pas toute la cohérence que je souhaiterais lui donner, mais il est temps que je vous parle vraiment du pays dans lequel je vis, et comme la cohérence et l’organisation n’est pas le point le plus fort des italiens (ça c’est quand même vrai par contre^^) et bien on dira que je m’adapte aux coutumes locales !!

L’Italie c’est la pizza les pâtes et les glaces, mais c’est aussi la mafia première entreprise d’Italie, la corruption des hommes politiques, la censure, l’absence de liberté de presse (l’Italie est 49e du classement mondial de la liberté de la presse, a égalité avec le Burkina Faso). L’Italie c’est la Sicile et ses beaux paysages, la mer, le soleil, et ses beaux monuments antiques, mais l’Italie c’est aussi un pays unifié très tardivement (1870) à une époque ou personne ne parlait italien, jusqu’en 1950 ce fut d’ailleurs plus ou moins ainsi, on ne parlait que le dialecte de son village. C’est la télévision qui a permis d’unifier un peu plus les italiens en leur permettant d’apprendre l’italien (par le biais de pièces de théâtre, de cours d’italien, et d’opéras… à l’époque ou la télévision valait encore quelque chose… mon futur article se penchera dans le détail sur ce que donne la télévision aujourd’hui en Italie, en parler ici prendrait trop de temps et ne ferait que nous égarer). Pour revenir à la langue, encore aujourd’hui, beaucoup d’italiens parlent encore le patois, sont attachés à leur village, leur province (pourquoi pas j’ai envie de dire, c’est une grande richesse) l’ennui c’est qu’ils ne sont pas attachés à leur pays. En Italie on est milanais, palermitain, siennois, vénitien, romain, napolitain, on vient de la Province de l’Avellino ou d’Aoste, mais on n’est pas italien.

Comme vous l’avez compris, le pays n’est pas super uni, du coup cela ne vous étonnera pas d’apprendre qu’il y a de nombreuses oppositions et tensions entre Nord et Sud. Pour résumer un peu brutalement, certaines régions du Nord voudraient l’indépendance pour ne pas avoir à payer les impôts et se taper le poids du Sud. Pour vous aider à situer, Rome est en général la ville qui coupe la botte en deux, même si pour les napolitains Rome est déjà largement au nord, et pour les milanais, déjà bien trop au sud. Ainsi, pour le Nord, le Sud de l’Italie est le pays de la glandouille (voilà nos préjugés sur le Far Niente et la Dolce Vita qui pointent le bout de leur nez) : au sud ils ne travaillent pas, ils vivent au crochet de la société, marre de payer des taxes pour entretenir des bons à rien. Sauf que c’est bien trop facile : en réalité dans le Mezzogiorno (donc le sud de l’Italie) ce n’est pas qu’on ne veut pas travailler, le problème vient plutôt du fait qu’il n’y a pas d’industries, pas assez d’infrastructures, et quand il y a du travail, les italiens du sud gagne deux fois moins que ceux du nord. Pourtant ces habitants du nord si critiquent sont ceux qui, il y a 50 ans, ont fuit la misère de l’Italie pour trouver du travail dans les usines FIAT.

Bref : tensions, régionalisme, chômage, mafia donc. Mais aussi racisme, le racisme qui pue, excité par la télévision qui dans ses reportages du « JT » ne présentera aux infos que des délits ou des crimes commis bizarrement toujours par un éthiopien, un roumain, un tunisien, un albanais etc. Du coup l’étranger est toujours vu comme un danger (bien plus que dans les grands journaux et grandes chaînes françaises croyez moi). J’ai ainsi déjà pu entendre : « tu sors dans le centre la nuit mais tu es folle, il y a des albanais qui viennent des banlieues pour violer les filles, bah oui chez eux pour un crime on leur coupe la main, mais par contre ici ils sont tranquilles, personne ne vient leur trancher le bras pour un crime commis » Les Italiens ont peur, ils te diront même : « mais t’as déjà vu un Rom qui travaille, ils ne sont bons qu’à voler et mendier », mais bon juste après, votre interlocuteur vous dira que bon par contre il y a des Roms qui habitent dans son village et eux par contre « travaillent honnêtement, sont gentils etc… »… la peur de l’AUTRE, de l’inconnu, de l’étranger dans son plus simple appareil !

Que répondre quand un italien vous demande : cite moi une seule chose qui marche correctement dans ce foutu pays… euh… En effet, l’Italie est un pays rongé, c’est comme si vous aviez la façade d’un immeuble, ou le tronc d’un arbre, mais qu’à l’intérieur tout avait été grignoté par les termites, troué comme du gruyère, pourri comme des racines mortes.

Pour ceux qui ont vu Nos meilleurs années (la Meglio Gioventù) vous vous rappellerez peut être le début du film lorsque ce que le professeur s’adresse à Nicola en disant : « laissez moi vous donnez un conseil : vous avez une quelconque ambition, alors allez vous en, partez de l’Italie, quittez l’Italie avant qu’il ne soit trop tard … peu importe ce que vous déciderez de faire, allez étudier à Londres à Paris, allez en Amérique si vous en avez la possibilité, mais abandonnez ce pays, l’ITALIE EST UN PAYS A DETRUIRE, un endroit beau et inutile, destiné à disparaître » « vous êtes en train de dire que vous pensez qu’il y aura une apocalypse » demande Nicola. « Si seulement, au moins nous serions contraints de tout reconstruire. Alors que là, tout reste immobile, égal, tel un monde de dinosaure » « mais alors professeur, pourquoi restez-vous » « comment pourquoi, mais mon cher, je suis un de ces dinosaures à détruire » ! (désolée pour cette traduction imparfaite mais cela donne une idée. Pour une meilleure idée, voici le lien pour la vidéo en VO: http://www.youtube.com/watch?v=TxGJ6DFocyY

Voilà en seulement 2mn le résumé de l’Italie : « un endroit beau et inutile, destiné à disparaître »… du moins c’est ce que les italiens ont tous en tête. L’Italie c’est ainsi le pays de la désillusion : les italiens sont « dellusi » : déçus. Ils ne se bougent plus, lorsqu’il faut manifester, ils vous répondront que ça ne sert à rien puisque les journalistes télé n’en parleront pas car trop de censure. La mafia ? une pieuvre et ses tentacules, elle est incrustée, enracinée (et pour le coup ces racines là, ne sont en rien pourries). La politique ? corrompue jusqu’au bout des ongles (oui décidemment, l’Italie ou la métaphore corporelle), ou bien inutile. Il n’y a plus d’alternatives, plus d’opposition. La corruption des années 90 et les enquêtes pour faire tomber ce système lui ont fait perdre toute crédibilité. Ainsi, lorsque les partis se sont reconstruits par-dessus les ruines des précédents, en changeant de nom, d’images, de leaders, on a assisté à un recentrage des convictions : Si pour les sciencespotes, « le sinistrisme » vous rappelle quelque chose, vous comprendrez donc que la gauche n’existe plus en Italie. La politique, c’est désormais la politique de Berlusconi, et de ses amis (le leader de la Ligue du Nord Umberto Bossi : un indépendantiste, populiste et raciste, et le leader de Alliance Nationale : GianFranco Fini, ce parti étant l’héritier du MSI, le parti fasciste né après la 2nde guerre mondiale.)

J’en arrive donc là où je voulais vous amener. Vous avez tous certainement entendu parler des gaffes de notre ami (non j’arrive toujours pas), ces frasques, sa grande bouche, son harem de jeunes mineures, son homophobie (je rappelle la phrase: « mieux vaut aimer les jolies filles qu’être gay ») et j’en passe. Bon du coup ses copains avec qui il a fait des alliances politiques (les deux cités précédemment), ont commencé à trouver que ça commençait à suffire (il était tant de s’en rendre compte !). Du coup cet été, Fini (actuellement président de la chambre des députés) avait quitté l’alliance faite avec Berlu pour fonder son propre parti. Le mois dernier, Fini a dit « Basta » Berlu doit démissionner, autrement il demande à « ses » quatre ministres de quitter le gouvernement. Cela n’a pas manqué d’arriver ! Le président de la République, qui en temps normal ne sert pas à grand chose, a décidé qu’un vote de confiance devait avoir lieu le 14 décembre… c'est-à-dire aujourd’hui… Traduction : Berlusconi peut tomber d’ici quelques heures ! (ça c’est le scénario positif).

Le scénario négatif c’est quand on décide de faire la traduction de la traduction : comme je l’ai souligné plus haut, il n’y a pas d’opposition, et à part ça, les personnages politiques influents à l’heure actuelle sont donc un indépendantiste xénophobe et un ancien leader du parti néofasciste. Et malgré les petites tensions actuelles avec Berlu, les trois zigotos ont tout de même besoin les uns des autres pour avoir une bonne majorité, ils s’arrangeront donc sûrement pour rétablir une alliance, et Berlusconi ne se sera absenté que pour la pause café...

Enfin quoiqu’il arrive, ici à Rome j’espère encore qu’il va tomber pour de bon, et j’avouerai que même Fini serait 1000 fois mieux que lui (imaginez !!). Ce soir, donc, champagne ou pas, c’est encore incertain… mais on touche du bois (enfin ici on touche du fer… cherchez pas !)

Voilà pour cet article, pas très drôle, long, pas palpitant et sans réelles éclaircies à l’horizon. Je suis arrivée en Italie consciente de tout ce qui n’allait pas, mais je n’avais pas vraiment été confrontée à la réalité « sur le terrain ». En arrivant j’avais l’espoir que l’Italie puisse remonter la pente, qu’un gouvernement plus compétent puisse prendre la place de Silvio et redresser un peu la barre, mais comme dit si bien le professeur de nos meilleures années, si l’on voulait vraiment refaire fonctionner ce pays, il faudrait tout détruire pour tout reconstruire.

samedi 13 novembre 2010

Passé et présent, le résumé

Ciao a tutti!

Désolée le temps passe vite, les livres à lire sont nombreux, et les soirées erasmus ponctuent mes semaines, et je suis déjà là depuis plus d'un mois. Me revoilà donc pour un petit résumé de la vie romaine:

Il y a deux semaines, je suis allée visiter Tivoli avec Léa, une copine de Paris qui était venue me faire un petit coucou. Tivoli est une ville à 1H de Rome, en soit la ville n'a pas un intérêt transcendant, ce qui vaut le coup par contre ce sont ses villas : la Villa Adriana (datant de l’empereur Hadrien, comme vous aviez sans doute compris) regroupe les restes de la maison secondaire de Môsieur, avec maisons d’hôtes immenses, anciens thermes, bibliothèque, salle de réception, piscines creusées de toutes pièces avec belles statues, et surtout immenses jardins remplis d’oliviers et de cyprès ! non les empereurs romains n’aimaient pas le luxe !

Il y a également la Villa d’Este : la villa d’un cardinal qui rêvait de devenir pape (aaah vouloir être le calife à la place du calife n'a pas d'âge), ce monsieur durant la Renaissance décida de se faire construire une belle villa, et ne se gêna pas outre mesure pour aller piquer plein de belles choses à la villa Adriana pour les mettre chez lui : une belle maison avec plein de peintures, et des jardins de fous, avec des fontaines immenses et des bassins aux reflets lumineux, des pins et orangers, des statues (encore!), une vue splendide…. Ça va quoi !

Ensuite il y a eu Halloween:

( Carmen, une copine espagnole et moui!)

Petite page de pub météo: Début novembre à Rome il faisait encore beau et chaud, un vrai plaisir de s'installer sur les pelouses du campus de la fac et d'étudier au soleil... malheureusement Rome est imprévisible, et la pluie a refait son apparition, puis non seulement la pluie mais l'orage, et pour couronner le tout en début de semaine il grêlait... depuis hier il refait bien beau, mais il fait froid... merci les giboulées!

A part ça je suis allée rendre visite à Vincent à G’nève le week end dernier… un plaisir pour le coeur, mais aussi pour les papilles car je n’ai pas pu résister et j'ai ramener 2 choses qui me manquent ici en Italie, et que j’ai beaucoup de mal à trouver, voire que je ne peux pas trouver : j’ai nommé l’Epoisses ( un de ces fromages qui pue et qui coule comme on les aime) et de la moutarde de Dijon !! Mes collocs constatent mon engouement pour le condiment dijonnais, elles n’ayant pas mais alors pas du tout l’habitude des vinaigrettes !

Enfin, ce week end me rend très heureuse : en effet ESN (l’assoss erasmus pour les non initiés) a organisé une rencontre à Rome entre les erasmus d’un tas de ville italienne, une sorte de CRIT non sportif (enfin remarquez si vous comptez le voyage en bus pendant des heures, les soirées jusqu’à pas d’heure à danser, et ensuite le lever le matin pour visiter, je pense qu’on peut considérer ça comme un sport de haut niveau). Bref, jusque là rien de spécial : sauf que du coup plein d’amis de Sienne sont là, si je ne participe pas aux soirées, cela ne m'a pas empêché de les retrouver, nous étions au moins une vingtaine à se tomber dans les bras, à faire des photos, prendre des nouvelles, discuter, programmer pour se retrouver demain ! S'il est certains que je me plais à Rome, je dois vous avouer que l’ambiance de Sienne me manque, et que la superficialité des relations que j’entretiens avec les personnes rencontrées à Rome pour le moment me fait beaucoup regretter mon mois d’aout en Toscane !

Voilà pour aujourd'hui... pour finir, je m'inspire de Vicou et Paulette pour vous rappeler que cette année, il est possible de voyager sans bouger de son fauteuil, en allant faire un tour sur les blogs des amis à l'étranger, qui se trouvent sur votre gauche (les blogs, pas les amis...quel dommage!).

vendredi 29 octobre 2010

La ville rouge

J'ai enfin pu profiter de mon installation en Italie pour visiter un peu du pays: ce week end je suis partie pour faire une petite escapade à Bologne, chez des copines que j'avais rencontrées à Sienne: Jana la Tchèque, et Magda la Slovaque.
Après 5 heures de bus (vous allez croire que j'adoooore le bus, m'enfin c'est juste que c'est tout de même un moyen de transport assez économique!), je suis arrivée à Bologne donc.
Pour vous aider à situer: la ville est plus au nord que Rome, en Emilie-Romagne, région voisine de la Toscane. Si Rome est une ville tout à fait antique: chaque pas étant synonyme de rencontre avec des ruines romaines, Bologne, elle, est beaucoup plus médiévale:
La couleur de la ville est caractérisée par un rouge prononcé : rouge tant pas sa tendance politique historiquement connue, que pour ses bâtiments en brique du Moyen Age.
Mais ce rouge que j'aurais pensé pesant et étouffant, donne au contraire un grand charme à la ville, notamment du fait qu'il n'y a pas un rouge mais des rouges: des dégradés de carmin, rouge, orange, jaune foncé, rose, écarlate, rouge pâle, bordeaux, etc :
La ville est aussi caractérisée par ses "portici" (beaucoup plus qu'à Turin!)
Durant une fête de rue: des musiciens et danseurs du Sud de l'Italie jouaient des Tarantelles entraînantes! Tout le monde dansait c'était trop bien!
Nous avons aussi fait un saut le samedi à Ferrara, qui est à seulement 1/2h en train: Cette ville, moins rouge, mais tout aussi médiévale, est également fort charmante. Pour l'histoire, il y a eu un grand ghetto juif à Ferrara au 17e siècle par un pape, bon il a été fermé au 19e siècle, mais le quartier est resté le centre de la vie ebraique ferraraise. Il est étonnant d'apprendre qu'avant les lois racistes de Mussolini et même jusqu'au début de la guerre, beaucoup de juifs ferrarais ont soutenu le régime fascisme (à voir, ou à lire si ça vous intéresse: Le jardin des Finzi Contini de Giorgio Bassani, adapté au ciné dans les années 60)
Quelques photos aussi pour la route:
Voilà donc pour ces deux villes que je n'avais encore jamais visitées en Italie, et dont je voulais vous faire un peu partager la beauté!

vendredi 15 octobre 2010

Le système universitaire... encore un mystère

Bonjour à tous!
Aujourd'hui je voulais vous parler un peu de comment fonctionne l'université en Italie. Ici, il n'y a pas de TD, tous les cours sont plus ou moins en amphis, mais les étudiants ne sont pas obligés de suivre les cours (ceux qui ne les suivent pas sont les Non Frequenti, littéralement les "non fréquentant" donc). Car ici, les cours faits par le prof ne sont pas vraiment ce qu'il y a de plus important. En Italie, les cours s'apprennent sur des livres qu'il faut lire (1, 2, 3, 4, 5 selon les matières). Ensuite les examens se font en janvier février, et l'étudiant n'est pas du tout évaluer sur les notes prises en cours, mais sur les bouquins lus durant le semestre. Autrement dit, les Italiens ont beaucoup beaucoup à lire, et donc énormément à retenir.... traduction... moi aussi!
(l'entrée de la Sapienza, ma fac! Les photos ne sont pas de moi aujourd'hui, veuillez m'en excuser)
De plus les examens se déroulent selon un mode assez particulier: quasiment tous sont à l'oral à la fin du semestre, et rares sont les cours où des travaux écrits sont à rendre. Seules les lectures comptent généralement. Pour passer son exam on peut s'organiser comme on veut: il y a 4 appels en janvier février, en gros, mettons, pour un exam : on peut le passer le 10 janvier, le 24 janvier, le 5 février et le 20 février, on s'inscrit par internet quelques jours avant et on se pointe le jour de l'exam. Si on ne se sent pas prêt, on le passe à l'appel suivant. Je savais déjà cela en arrivant, mais je me disais, j'essaierai de passer tous mes exams en un seul appel, histoire d'être débarrassée, ça doit pas être bien compliqué! Et tous les Italiens avec qui j'avais discuté me disais, oh la, mais c'est impossible en 1 ou deux appels, c'est très dur. Et moi en leur disant, mais nous parfois on a 3 exams dans une journée et tous nos exams en une semaine, et eux le regard désespéré se demandaient comment on faisait!
Mais maintenant que je réalise que pour 4 cours que je fais ce semestre, il me faut lire 12 livres, dont certains de 400 pages, soit près de 3000 pages au total, tout d'un coup je réalise que les italiens ne sont vraiment pas des glandus! En effet beaucoup sont ceux qui reste 7 ans à l'université au lieu de 5 car les exams prennent du temps, et parfois ils doivent étaler leurs révisions d'une manière plus longue que chez nous pour réussir correctement!
Ainsi, imaginez vous, moi qui n'ai jamais lu autant de livres en français en si peu de temps, la difficulté qui m'attend à lire, puis apprendre tout cela en italien! Pour le moment cela me parait insurmontable, m'enfin on s'habituera!
(ma fac, un beau et grand campus, mais bon, où les bâtiments ont quand même un style très très fasciste! Ce bâtiment n'est que le rectorat, et personne n'y a cours)
Aussi, à propos des examens, ici la moyenne est à 18/30. Et ce n'est pas considéré comme une très bonne note, souvent une bonne note, est celle qui tourne entre 28 et 30! C'est comme si nous il fallait systématiquement avoir 19 pour être contents! Il est même possible de repasser un examen jusqu'à tant qu'on ait une note convenable (si on a 21, on peut revenir à un nouvel appel pour essayer d'avoir 30 par exemple).
Cette semaine j'étais donc un peu révoltée devant ce mode que je trouve un peu stupide: apprendre apprendre apprendre, beaucoup beaucoup beaucoup, et semble-t-il réfléchir peu (pas de plan, pas de dissert, pas de problématisation du sujet d'examen). De plus les cours ne sont pas d'une grande organisation comme vous vous en doutez! En plus en discutant avec mes collocs et avec d'autres Italiens, je me rends compte combien ce système est stressant pour eux! Mais bon en même temps, j'essaie de me dire qu'au moins, je ne vais pas survoler mes sujets d'études et que je reviendrai en maîtrisant mieux un grand nombre de sujets, traités de manière approfondie, ce qui n'est pas du tout le cas de Sciences Po! Au moins je vais vraiment apprendre des choses, et j'espère ainsi ne pas les oublier aussi vite que lorsque je révise mes partiels à la va vite à l'IEP.
Voilà un petit aperçu de l'université de sciences politiques en Italie.
Mais bon, 2 cours me plaisent bien: histoire des mouvements et partis politiques en Italie, histoire des institutions politiques, et peut être histoire et institutions des pays afro-asiatiques (que je n'ai pas encore essayé car le cours ne commence que le 18 puisqu'en ce moment il y a des grèves)! En effet, Berlusconi a fait de la merde cet été, et veut faire passer une réforme vraiment dangereuse qui supprimerait plein de postes dans le public pour les ouvrir dans le privé, et diminuer les fonds pour les universités publiques, et favoriser ceux qui donnent de la thune au privé, qui n'est pas très bien vu ici car sous l'emprise du système berlusconien.
(ce mec est complètement toqué)
En gros Berlu est en train de détruire complètement l'éducation. Cet homme est arrivé au pouvoir sans l'intermédiaire des études, seulement grâce à ses entreprises, du coup pour lui l'éducation n'a pas grand intérêt: apprendre, s'enrichir, comprendre le monde est une perte d'argent, et il ne saisit visiblement pas combien sont importantes les études pour trouver un boulot ensuite: en gros construisez votre entreprise, devenez un mania de la TV, fabriquez des grands complexes immobiliers grâce au financement de la mafia, et voilà comment arriver au sommet du pouvoir! Ce mec est vraiment un déchet je vous jure! Du coup bon le monde étudiant est assez agité en ce moment, mais pas assez selon moi vu l'ampleur de cette loi Gelmini (du nom de la ministre qui a fait la loi, si cela vous intéresse, vous pouvez chercher d'autres infos sur internet!), je n'étais pas très blocage durant les manifs contre la LRU, mais là je vous avoue mon désespoir devant la situation universitaire italienne!
(Gelmini, ministre de la destruction)